Développements, Transformation digitale

Excursion dans le monde numérique de demain : entretien avec Uwe Bergmann, PDG du groupe COSMO CONSULT (3/3)

Pierre-Edouard ROUSSEL27/04/2018
Uwe Bergmann, PDG du groupe COSMO CONSULT

Les systèmes ERP sont-ils voués à disparaître ? Les logiciels professionnels seront-ils aussi facilement connectables qu'une simple prise de courant ? Comment l'intelligence artificielle (IA) et l'Internet des Objets (IoT) vont-ils nous aider à gagner en efficacité ? Dans un entretien avec le magazine informatique « IT Director », Uwe Bergmann, PDG du groupe COSMO CONSULT, ose consulter sa boule de cristal : il y voit notamment un monde où les entreprises assembleront leurs propres solutions de gestion à partir de modules individuels – comme s'il s'agissait de simples Lego. Découvrez la 3ème partie de cet interview dans lequel il évoque notamment le Big Data, la généralisation du cloud sur le marché ainsi que la sécurité et la confidentialité des données dans les PME.

A lire au préalable : IT Director 2018 - Interview Uwe Bergmann

IT Director : Dans le cadre de la transformation numérique, nous entendons souvent parler du Big Data, mais des volumes colossaux de données, en eux-mêmes, ne sont que peu utiles.

U. Bergmann : C'est vrai. Nous récupérons les données des capteurs et les intégrons à notre logiciel décisionnel, généralement Power BI, puis nous leur appliquons les algorithmes appropriés et les transmettons ensuite au système ERP pour générer les recommandations nécessaires.

IT Director : Compte tenu de votre position parmi les leaders du marché, les utilisateurs disposant d'un système ERP central concurrent vous interrogent-ils souvent au sujet de Power BI et d'Azure dans l'intention d'effectuer des évaluations IoT ?

U. Bergmann : Oui, c'est fréquent. Bien sûr, il existe de nombreux systèmes décisionnels différents : nous avons aussi dans notre portefeuille Qlik, par exemple, qui présente de sérieux atouts. Mais Power BI est un outil de visualisation bien plus puissant et, en tant que plateforme Azure, il offre toute une palette de fonctionnalités : Azure concentre l'essentiel de l'intelligence générée.

La croissance mondiale d'Azure est colossale, y compris en tant que plateforme d'intégration. Ce dernier point est fondamental pour nous, car nous pouvons ainsi traiter les données au sein d'un modèle de données commun. Aujourd'hui, je ne recommanderais à aucun client une solution on-premise pour des systèmes basés sur des volumes importants de données. D'autant plus que le volume des données va encore croître considérablement dans les années à venir.

IT Director : Encore faut-il que les conditions préalables, notamment en matière de sécurité et de confidentialité, soient réunies...

U. Bergmann : Microsoft fait beaucoup dans ce domaine selon moi. De plus, je ne pense pas que vous puissiez, dans votre propre entreprise, garantir une sécurité informatique supérieure à celle actuellement proposée par Microsoft. Si les agences de renseignement souhaitent consulter vos données, vous aurez bien du mal à les en empêcher. Si elles sont capables d'espionner les plus hauts responsables, elles accéderont sans problème aux données des PME.

IT Director : Vous êtes plutôt fataliste.

U. Bergmann : Mais c'est la vérité. Lorsque vous installez une alarme, le fournisseur le sait bien : cela n'empêchera pas les vrais professionnels de pénétrer dans votre maison. Est-ce fataliste ou simplement réaliste ?

Certains avancent d'ailleurs que toutes les grandes entreprises ont déjà été piratées, mais que seulement 20 % d'entre elles en ont conscience. Il a également été démontré que des intrus avaient pu investir certains réseaux d'entreprises pendant plus de 20 ans, sans avoir été détectés. Dans ce contexte, je pense que le cloud est sans aucun doute l'alternative la plus sûre.

IT Director : Quels sont les autres éléments qui vous poussent à penser que le cloud est devenu incontournable ?

U. Bergmann : De nos jours, la simplicité est généralement l'élément le plus recherché dans les mises en œuvre de technologies nouvelles. Dans le cloud, vous pouvez installer et reconfigurer les systèmes rapidement et quand vous le souhaitez, ou bien ajouter des composants, puis choisir de les désactiver à votre convenance. Vous n'êtes plus contraint par un long processus de commande et vous bénéficiez d'une remarquable fiabilité. L'informatique est aujourd'hui de plus en plus à portée de main, aussi facilement accessible que l'électricité qui sort des prises de courant.

Lorsque toutes les entreprises auront fini par basculer dans le cloud, le marché devra peut-être être réglementé, comme le marché de l'électricité, car il faudra garantir la sécurité des approvisionnements et le bon fonctionnement du système tout entier. En effet, si des éléments du cloud venaient à ne plus fonctionner, la production de l'économie toute entière risquerait d'être paralysée.

IT Director : La version de Dynamics 365, disponible initialement uniquement en ligne, est maintenant également proposée on-premise via les partenaires de Microsoft. Est-ce seulement transitoire ? Les systèmes ERP passeront-ils également en mode cloud ?

U. Bergmann : Oui, de mon point de vue, même si les approches hybrides prévaudront toujours dans le domaine des ERP. Nombre de nos clients du secteur de la fabrication ne sont pas situés à proximité de hubs Internet majeurs, les autorités compétentes doivent absolument prévoir une amélioration des infrastructures. Si une fiabilité de 100 % était garantie, nous n'aurions pas besoin d'infrastructures hybrides.

Tous ceux qui souhaitent prendre part à la transformation numérique finiront automatiquement par recourir au cloud. Il est encore possible d'attendre, mais pas des années. L'intelligence se concentrera dans le cloud, et plus localement. Les entreprises bénéficieront considérablement de leur présence dans le cloud, tout comme celles qui y font fonctionner leur système ERP.

IT Director : Depuis quand en êtes-vous convaincu ?

U. Bergmann : Cela ne fait pas si longtemps. Il y a un an, nous étions encore en pleine discussion avec Microsoft, nous demandant si la direction choisie était bien la bonne, mais aujourd'hui nous ne recevons pour ainsi dire plus aucune demande d'installation sur site. Les clients sont maintenant prêts à passer en mode cloud et font même parfois déjà fonctionner plusieurs de leurs systèmes dans ce mode. Bien sûr, ils se posent des questions concernant la sécurité, mais, dans les faits, ils envoient déjà des modèles de conception via des courriers électroniques non cryptés. Si vous envoyez un message électronique d'un iPhone à un appareil Android, toutes les données seront sauvegardées dans le cloud Apple et dans le cloud Google. Donc, de toute façon, vous êtes déjà dans le cloud. Le cloud fait déjà partie de votre quotidien.

IT Director : Vous venez de mentionner le rôle des autorités compétentes. Le secteur informatique est-il en contact avec les organes législatifs concernant ces problématiques de transformation ?

U. Bergmann : Absolument. Les autorités compétentes doivent véritablement passer à la vitesse supérieure, car le rythme des innovations s'est clairement accéléré. Les procédures législatives datant de cinq ou six ans sont devenues totalement obsolètes. Les autorités compétentes doivent préserver leur capacité d'agir et créer des structures pour réagir de manière adéquate face à des développements si dynamiques.

Il s'agit de ne pas laisser les géants de l'informatique, seuls, établir les nouvelles règles. La société dans son ensemble doit être impliquée. Bien que je ne sois pas vraiment adepte des règlementations, il est pour moi essentiel que les questions humaines et éthiques soient mieux prises en compte face aux bouleversements mondiaux que nous connaissons aujourd'hui. La révolution numérique nécessite d'aller au-delà d'une approche purement locale. Pour avancer, il ne faut pas penser petit. Nous devons établir des règles au niveau européen, au minimum, pour défendre les intérêts de toutes les parties concernées.

IT Director : Merci pour vos réponses Uwe.

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